24/11/2014

La citation de la semaine - Georges Bataille (les larmes d'Eros)

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« Le moment érotique est même le sommet de cette vie, dont la plus grande force, et l’intensité la plus grande, se révèlent et se perpétuent. Il s’agit de la vie, il s’agit de la reproduire, mais se reproduisant, la vie déborde : elle atteint débordant le délire extrême. Ces corps mêlés, qui, se tordant, se pâmant, s’abîment dans des excès de volupté, vont à l’opposé de la mort, qui les vouera, plus tard, au silence de la corruption.  (…). C’est (…) du fait que nous sommes humains, et que nous vivons dans la mort, que nous connaissons la violence exaspérée, la violence désespérée de l’érotisme. » Georges Bataille, Les larmes d’Eros, op. cit., p. 22

 

Source image: http://www.amazon.fr/Les-Larmes-dEros-Georges-Bataille/dp/2720201642

17/11/2014

La citation de la semaine - Georges Bataille (les larmes d'Eros)

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« Personne n’imagine un monde où la passion brûlante cesserait décidément de nous troubler » Georges Bataille, Les larmes d’Eros, op. cit., p. XXI

 

Source image: http://www.amazon.fr/Les-Larmes-dEros-Georges-Bataille/dp...

10/11/2014

La citation de la semaine - Georges Bataille (L'érotisme)

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« Je crois que l’érotisme a pour les hommes un sens que la démarche scientifique ne peut atteindre. » Georges Bataille, L’érotisme, Paris, Minuit, 1957,  p. 12

 

Source image: http://www.devoir-de-philosophie.com/dissertation-georges...

02/09/2014

Domeclas

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Domeclas, bon orateur en ses belles heures,
Usa de maintes flatteries
Et de milles louanges choisies
En cherchant charmer son bienveillant Seigneur.

Celui-ci, comme tout sage Prince, discerna
Que ce scélérat ne cessait de l’encenser
Pour s’attirer les grâces de sa Majesté.
Las de ses sottises, ainsi il décida :

« Toi qui vantes tant ma place et mon pouvoir,
Ton devoir au prochain réveil du soleil
Sera de me suppléer dans mon vouloir
Jusqu’à ce que la luisante lune s’éveille ! »

Ainsi dit, ainsi fait.
Le roi ordonnait,
Le chien aboyait,
La leçon s’élançait.

Le profiteur profita des infinis plaisirs
Que la richesse du Bon Roi permettait.
Il tâtait de son être tous ses désirs
Et crut consentir que le bonheur l’étreignait.

En ce jour sidéral,
Il n’accorda pas d’audience.
Il ne fit que remplir sa panse,
Pensant profiter de son Graal.

« Quel misérable souverain ferais-tu !
De toute clémence tu es absent
Et de notable sagesse tout autant !
Ce trône par tes mains ne sera défendu ! »

Plein de rage, le roi le délogea.
Exilé de son siège, Domeclas s’éclipsa
Et se mit en quête de pouvoir et de gloire.
Il revint les mains vides sur l’agenouilloir :

« En prudent Prince que le peuple vous traite,
« Éclairez celui que l’excès maltraite.
Peut-on ne désirer ce que nous n’avons point ?
Mon cœur et mon être en seront témoins. »

Humblement, le sage lui conseilla un bien :
« Existant par lui-même au fond de chacun,
Celui-là, on ne te le volera point.
C’est assurément ton âme qui le contient ! »

Domeclas reprit la route
L’esprit léger et rassuré.
Certains royaumes racontent
Que de la sobriété
Il fit l’éloge sans hésiter.
Son esprit put contempler
La demeure de la sérénité.

 

Source image: http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89p%C3%A9e_de_Damocl%C3%...

 

 

21/08/2014

Je pense à toi

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Ô je pense à toi.
Je rêve parfois
De demander aux nuages voyageurs
De te parler à la place de mon cœur.

Il te dirait, j'en suis sûr,
Quelques mots mielleux et doux,
Ce genre de mots qui rassurent,
Milles mots aux milles goûts.

Et l'oiseau irait au bout, vers l'est,
Curieux, ainsi il te demanderais:
« Ta peaux est elle la plus douce du palais?
Es-tu une princesse? Tes yeux l’attestent! »

Puis, tristement il te dirait encore
Que les étoiles me rappellent ton corps,
Que le vent est mélodieux tel ta voix,
Qu'en ce moment je te voudrais dans mes bras...

 

Source image: http://jnchaintreuil.com/comment-transformer-son-reve-en-...

30/06/2014

Musique, amours et temps

amour, temps, musique, son, art, artiste, âme, temporalité, sentiment, perception, expérience, représentation, passé, futur, présent, citation, philosophie, intuition, impression, aimer, discussion"La musique fait pleurer, parce qu'elle est le seul art qui est fait comme l'être humain: elle est faite de temps. On aime les refrains, car dans les refrains, la musique nous offre ce que le temps ne nous offre jamais, c'est-à-dire du retour." M.R.

Tout d'abord, je dois remercier mon amie et collègue de Plumes Genevoises, Violette, de m'avoir fait découvrir cette magnifique citation, par inadvertance, qui, je dois l'avouer est plutôt tombée à pic. En effet, avec une autre amie nous discutions le jour même de la temporalité, illusoire ou concrète, de ou chez l'être humain. Et quand je parle de temporalité je ne vous parle pas seulement du temps qui passe mais de la perception / expérience que l'on en a.

Alors oui, l'être humain vieillit sans cesse, on ne pas rajeunir, revenir en arrière. Pourtant, il nous a semblé intuitif que lorsque l'on se pense nous même, que l'on se représente, nous sommes incapables de se définir avec uniquement des éléments du présents. Les souvenirs que j'ai de moi-même, stockés dans ma faible mémoire, semblent aussi influencés la représentation que j'ai de moi.

Nous avons également remarqué qu'en amour il y avait aussi ce genre de temporalité et que celle-ci, à force d'habitude et de martellement, conditionnait partiellement notre comportement et nos envies. Nous avons donc accepté que l'amour était faite de temps car par expérience nous définissions souvent l'amour que l'on a pour quelqu'un, non pas seulement avec les éléments du présent mais aussi ceux du passé et du futur.

Enfin bon, le temps passe et passe encore, et le temps perdu, vous le savez aussi bien que moi, ne se rattrape plus... On en rediscutera.

04/06/2014

Analyse de "La mort de Socrate" De Jacques-Louis David

Célèbre peintre français né à Paris en 1748 et mort à Bruxelles en 1825, Jacques-Louis David, fils du mercier Maurice David, est salué comme le chef de file incontestable et charismatique de l’école néo-classique française et l’un des peintres d’histoire les plus reconnus.

C’est lors du Salon de 1787 à Paris que David présente au grand public l’une de ses œuvres phares : La mort de Socrate (Figure 1), qui figure le célèbre philosophe au moment où il doit boire la ciguë, un sujet qui puise dans l’antiquité grecque, et plus particulièrement athénienne[1]. Ce tableau contribua évidemment à asseoir d’avantage sa réputation et sa gloire alors que le peintre avait 39 ans. Il faut tout de même noter qu’il avait déjà fait très forte impression avec le triomphe artistique plus ou moins deux ans plus tôt, le serment des Horaces (Figure 3), à tel point qu’on le considère aujourd’hui encore de manière simplificatrice et symbolique comme une sorte d’incarnation de la pensée, des goûts et des tendances de sa génération[2].

Presque unanime, la critique de l’époque a accueilli l’œuvre comme un véritable chef d’œuvre figurant un moment fort de l’époque antique, bien que le sujet traité ne fût pas nouveau en soi, tant il avait marqué son propre temps déjà. Effectivement, d’autres peintres s’étaient déjà attelés à peindre ce thème, comme par exemple François Louis Joseph Watteau lors du courant de l’année 1780 pour ne citer que lui, c’est-à-dire plus ou moins sept ans plus tôt que l’œuvre de David (Figure 2). Par conséquent, il est fort probable que David lui-même avait connaissance de certaines œuvres passées traitant du même sujet mais étant un peintre relativement classique, il n’avait aucun problème à utiliser des sujets déjà éculés.

Le sujet du tableau est trop connu pour que l’on s’attarde trop dessus. Socrate, alors qu’il a environ 70 ans, est condamné à mort[3]. Il fut condamné pour plusieurs raisons : introduction de nouvelles divinités, négation des Dieux de la cité ainsi que corruption de la jeunesse athénienne. Nous avons également gardé le nom d’au moins trois accusateurs officiels : Lycon, Anytos et Mélétos. Emprisonné pendant au moins un mois, il a attendu ce jour fatal car on ne pouvait le tuer à cause d’un pèlerinage traditionnel qui se faisait à ce moment-là au nom d’Apollon[4]. Criton, l’un de ses plus fidèles disciples a bien tenté de faire s’enfuit son maître, mais celui-ci, en accord avec ses pensées et ses actions, n’a pas accepté. Il a préféré affronter la mort en face plutôt que de la fuir. On raconte qu’à ce moment clé, Socrate a su rester stoïque, tandis que ses disciples étaient en pleurs et c’est ainsi, de par sa façon de se comporter face à la mort, que Socrate donne ses dernières leçons. On en apprend plus sur la philosophie de Socrate et ses buts : philosopher, c’est apprendre à mourir[5] et mourir n’est pas forcément un mal.

Ce célèbre tableau d’histoire, peint à l’huile sur toile en 1787 par Jacques-Louis David et exposé la même année, mesure 130cm de hauteur ainsi que 196cm de largeur. Il puise ainsi dans un héritage culturel antique, qui n’a eu de cesse d’inspirer infiniment divers artistes, notamment David, lors de cette période prérévolutionnaire.

 Il est aujourd’hui conservé au Metropolitan Museum of Art, célèbre musée de par sa taille et son contenu, qui se situe en outre-manche à New York, aux Etats-Unis d’Amérique. On peut bien sûr se demander comment ce tableau, peint en Europe, a-t-il fini par se retrouver de l’autre côté de l’atlantique. Malheureusement, à cette question je n’ai point de réponse. Par contre, elle peut nous permettre de passer à une autre question très importante : quelqu’un a-t-il fait une commande à David pour ce tableau ? La réponse est oui.

Le tableau a en effet été commandé par Charles-Michel Trudaine de la Sablière, un aristocrate apparemment libéral,  conseiller au  grand parlement de Paris ainsi que seigneur du Plessis-Franc[6].

La composition chromatique de l’œuvre est plutôt construite avec une palette de couleurs relativement sombres pour la majeure partie du tableau. Cet ensemble semble justement construire l’ambiance de l’œuvre : une ambiance inquiétante, triste et carcérale. Il faut tout de même noter que le tableau était peut-être moins assombris quand il a été fait, le temps est peut être un facteur pour comprendre cette ambiance assombries, d’autant que même si on ne l’aperçoit point, il y a bien une fenêtre qui est censé être à gauche car il y a tout un rayon de lumière qui éclaire la geôle de Socrate et le met ainsi en évidence géométriquement. C’est bien évidemment une lumière avec une source naturelle puisque elle vient probablement de dehors, de la lumière du soleil.

Cette palette chromatique sombre contraste énormément avec les couleurs des habits des personnages éclairés, notamment avec Socrate au centre, qui est habillé en blanc et le disciple à gauche, qui est également en blanc.

Les autres personnages quant à eux portent d’autres couleurs qui les font se distinguer des deux personnages en blanc ainsi que du décor. Ils portent notamment des couleurs telles que le rouge, bleu, jaune, orange, brun et gris.

Le bleu renvoi peut être tout simplement à la réflexion : c’est la couleur de divers disciples de Socrate, tous philosophes et donc penseurs. Ce rouge pourpre quant à lui renvoi peut être au péché d’orgueil tout en se rapprochant peut être de la notion de prestige, la gloire, le renom car on a ici à faire avec plusieurs philosophes de renom, bien que Socrate et Platon soient les plus connus. Le blanc, porté par Socrate renvoi probablement au symbole fort de pureté. Le personnage à gauche, probablement Platon, est aussi en blanc et ces habits blancs mettent ainsi en évidences les deux penseurs les plus importants de l’œuvre.

Commençons pas étudier le décor. Je l’ai déjà dit, la première chose notable, c’est que c’est un décor carcéral, relativement peu éclairé. Les murs sont en pierre, avec dirait-on deux types de pierre de couleurs différentes. Notons également qu’il est probable que David n’est pas visité l’endroit où Socrate a été emprisonné, en supposant que le lieu existait encore, et l’on peut avancer l’hypothèse que le décor général de l’œuvre est tirée de lieux contemporains à celui de l’auteur.

Au premier plan, là où se trouvent Socrate, le personnage principal, et ses disciples, on découvre plusieurs objets : un lit où est assis Socrate avec un instrument de musique, deux sortes de tabouret en pierre où sont assis deux disciples, des chaines par terre, le verre de cigüe qui va le tuer, une barre noire métallique avec une sorte de contenant avec de l’encens, ainsi que du papier et un calame à côté du personnage à gauche du lit.

Pourquoi David a-t-il choisit de représenter ces objets-là ? Ils ne sont probablement pas là par hasard, tous joue un rôle au moins symbolique dans la composition. La coupe de ciguë bien sûr, est un objet obligatoire dans la composition dans la mesure que c’est cela qui va tuer Socrate. On voit d’ailleurs qu’il s’apprête à la prendre dans sa main tout en disant ses derniers enseignements face à des disciples tristes et déroutés pour la plupart.  Les chaines par terre nous renseignent sur le fait qu’il a été enchainé lors de son emprisonnement mais qu’au moment de boire la cigüe Socrate est déchainé. Le tabouret en pierre où est assis le disciple en orange porte une inscription dessus : une chouette et un olivier, symboles d’Athéna, déesse protectrice de la ville[7]. On pourrait se concentrer d’avantage là-dessus mais ce n’est pas le sujet principal.

Socrate-a-t-il écrit finalement ? En réalité oui mais pas de textes philosophiques. Sa philosophie semble-t-il fut entièrement transmise oralement. Par contre, on sait que pendant son emprisonnement il a écrit des compositions musicales et littéraires, d’où la présence de cette lyre rajoutée au décor et  de ce calame[8].

On peut voir 13 personnages qui semblent tous souligné, de par la position et couleurs, Socrate au centre.

Socrate s’apprête à prendre le verre, tout comme dans l’œuvre de Watteau (Figure 2), tout en pointant le doigt vers le haut. Symboliquement, il pointe le monde des idées, tout comme dans l’œuvre de Raphaël l’école d’Athènes (Figure 4), où l’on peut voir Platon faire de même à côté d’Aristote qui, au contraire, pointe son doigt vers le bas, comme pour indiquer qu’il s’intéresse au monde d’ici-bas[9].  Il est stoïque et parait sûr de ce qu’il fait. La tristesse et la peur ne se lit pas chez lui.

En blanc, assis à gauche, et n’assistant pas à la scène comme dit dans les textes, c’est probablement Platon[10]. Il n’est pas censé être si vieux à ce moment-là, donc David l’a délibérément représenter ainsi. Le calame et le papier n’ont peut être, non pas des référence au fait que Socrate ait écrit avant de mourir, comme dit plus haut, mais une référence pour nous indiquer plus explicitement encore que c’est Platon assis-là. En effet, Platon est le disciple qui a le plus mis en scène Socrate dans ses écrits.

Le bourreau, en rouge, qui donne la coupe à Socrate, semble honteux de ce geste qu’il n’a pas choisi. D’autres l’interprète comme un esclave d’état[11]. Peut-être que le rouge ne fait pas uniquement référence au péché d’orgueil mais qu’il préfigure chromatiquement la mort de Socrate : le rouge renverrait ainsi au sang. Il n’ose pas non plus regarder la scène et se tient les yeux dans la main gauche, probablement pleure-t-il.

Il y a en tout huit disciples représentés si l’on accepte que celui qui donne la coupe à Socrate n’en est pas un mais est tout simplement le bourreau[12]. Le texte de Platon en mentionne pourtant plus. David, s’il a bien pris connaissance du texte, ce dont on peut être assez sûr, a fait ici le choix de réduire numériquement la présence des disciples.

Dans le couloir, on accepte généralement que c’est Apollodore, qui est le disciple qui a le laisser éclater son désarroi. Il se tient ainsi adossé contre le mur, incapable même de regarder la scène. On peut même supposer que le personnage tout à droite, qui semble tout autant désemparé, est également Apollodore selon certaines interprétations tout simplement parce que les deux semblent être les plus désemparés de la scène et que tous deux ne la regardent pas.

Au fond, on voit trois personnage s’en aller, dont un qui semble même nous faire un signe de la main. Certains avancent que ce sont des disciples qui emmènent la femme de Socrate. Pourtant, je ne reconnais pas de femme ici, juste trois hommes. Mais c’est une hypothèse viable : on sait notamment que Socrate a demandé à des gens de reconduire sa femme lorsqu’elle éclata en sanglot[13]. On peut aussi avancer que ces trois-là représentent la partie athénienne qui ne pleurera pas Socrate. Pour ma part, j’avancerai tout simplement que ces trois-là sont les trois fameux accusateurs de Socrate : Lycon, Anytos et Mélétos. Pourquoi ? Tout simplement parce qu’ils sont trois, hors de l’espace principal de l’œuvre. De plus, ils ont l’air indifférent à la mort proche de Socrate. Je suppose également, que celui qui fait un signe de la main, fait justement ce signe au spectateur comme pour lui dire que c’est lui – ou eux - le coupable.

Il semblerait que Criton, celui qui a tenté de faire évader Socrate, est celui qui lui tient la jambe, assis[14]. Il est représenté ici comme l’un des disciples les plus sereins selon moi. Il n’a pas l’air de faire un geste brusque qui suggérerait explicitement son désarroi, si ce n’est peut-être la force avec laquelle il tient la jambe de Socrate.

On rapproche parfois les deux jeunes qui n’expriment pas de tristesse aux deux Béotiens Simmias et Cébès[15]. Ils semblent accepter plus facilement la future mort de leur maître, comme si ils partageaient le stoïcisme de celui-ci, à tel point qu’on peut imaginer qu’ils se réjouissent pour lui. Ils sont les deux relativement jeune et semble regarder la scène avec une grande attention.

Les autres personnages sont encore plus difficilement  identifiables avec certitudes, je ne vais donc pas les discuter amplement. Tous deux se tiennent la tête et expriment leur tristesse, leur peur peut être, leur désarroi. L’un est plus vieux que l’autre. L’un se cache le visage, l’autre regarde la scène au centre.

Pour conclure, je peux tout du moins avancer que cette œuvre est l’une des mieux considérée chez cet artiste. Il s’est intéressé à un thème déjà traditionnel dans la peinture d’histoire  (Voir figure 2 et 5) mais il en a tout de même fait un chef d’œuvre. Peut-être sa réputation à elle aidée à asseoir le succès de cette œuvre.

C’est un thème très important pour l’histoire et culture occidentale selon moi. En effet, c’est probablement l’une des premières fois, qu’un simple homme mortel, meurt ainsi au nom des idées. Même à son époque, il semblerait que l’on mourrait avec honneur sur le champ de bataille en général, en se battant courageusement, loyalement, etc. Sauf qu’ici, Socrate ne meurt pas au combat, il meurt au nom des idées. C’est pour cela, selon moi, que c’est un moment clé de notre histoire et culture occidentale.

Jacques-Louis David s’est inspiré à coup sûr du Phédon platonicien à certains égard, que ce soit en terme de décors ou de personnages. Pourtant, David semble également vouloir s’en écarter en même temps comme s’il avait tout de même voulu se donner une certaine liberté de détermination et d’interprétation. Cela lui a permis de rester relativement fidèle à l’histoire que l’on rapporte et de transmettre sa vision des choses par la même occasion.

On voit également la difficulté à identifier tous les personnages malgré l’aide du texte du phédon. Il serait justement intéressant de trouver un moyen d’identifier objectivement chacun d’entre eux afin de comprendre dans sa complétude la scène proposée par David, tant dans le contexte davidien que dans le contexte antique.

 



[1] Alphonse Salmon, « Le « Socrate » de David et le « Phédon » de Platon », Revue belge de philologie et d'histoire, 1962, volume 40, numéro 40-1, p.90.

[2]Alphonse Salmon, « Le « Socrate » de David et le « Phédon » de Platon », Revue belge de philologie et d'histoire, 1962, volume 40, numéro 40-1, p.90.

 

[3] Alphonse Salmon, « Le « Socrate » de David et le « Phédon » de Platon », Revue belge de philologie et d'histoire, 1962, volume 40, numéro 40-, p.93.

[4] Alphonse Salmon, « Le « Socrate » de David et le « Phédon » de Platon », Revue belge de philologie et d'histoire, 1962, volume 40, numéro 40-1, p. 93.

[5] Platon, Phédon (trad. Monique Dixsaut), éd. Garnier - Flammarion, 2008, p. 41.

[6]Michel Constantini, 1779 - Les nuées suspendues -Voyage dans les arts européens au Siècle des Lumières, éd. Harmattan, 2009, p. 12.

 

[7] Alphonse Salmon, « Le « Socrate » de David et le « Phédon » de Platon », Revue belge de philologie et d'histoire, 1962, volume 40, numéro 40-. P.96.

[8] Ibid, p.98.

[9] Antoine Schnapper et Arlette Sérullaz, David, Paris, RMN, 1989, n°76, p. 178.

[10] Antoine Schnapper et Arlette Sérullaz, David, Paris, RMN, 1989, n°76, p. 178.

[11] Alphonse Salmon, « Le « Socrate » de David et le « Phédon » de Platon », Revue belge de philologie et d'histoire, 1962, volume 40, numéro 40-. P. 104.

[12] Alphonse Salmon, « Le « Socrate » de David et le « Phédon » de Platon », Revue belge de philologie et d'histoire, 1962, volume 40, numéro 40-. P.96.

[13] Alphonse Salmon, « Le « Socrate » de David et le « Phédon » de Platon », Revue belge de philologie et d'histoire, 1962, volume 40, numéro 40-. P.110.

[14] Alphonse Salmon, « Le « Socrate » de David et le « Phédon » de Platon », Revue belge de philologie et d'histoire, 1962, volume 40, numéro 40-. P. 105.

[15] Alphonse Salmon, « Le « Socrate » de David et le « Phédon » de Platon », Revue belge de philologie et d'histoire, 1962, volume 40, numéro 40-. P. 107.

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Figure 1 : Jacques-Louis David, La mort de Socrate, 1787, huile sur toile, 130x196 cm, Metropolitan Museum of Art, New York, U.S.A

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Figure 2 : Francois-Louis-Joseph Watteau, la mort de Socrate, 1780, huile sur toile, 1 33 × 174 cm, palais des Beaux-Arts, Lille, France.

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Figure 3: Jacques-Louis David, Le Serment des Horaces , 1785, huile sur toile, 329.8 × 424.8 cm , musée du Louvre, Paris, France.


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Figure 4: Raphael, L’école d’Athène, 1511, fresque, chambre de la Signature, Vatican, Italie.

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Figure 5: Peyron, La mort de Socrate, 1787, huile sur toile, 98cmX133cm, Statens Museum for Kunst, Copenhague, Danemark.


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Bibliographie

-          Alphonse Salmon, « Le « Socrate » de David et le « Phédon » de Platon », Revue belge de philologie et d'histoire, 1962, volume 40, numéro 40-1

-          Platon, Œuvres complètes, Flammarion, sous la direction de Luc Brisson, Paris, 2008 ;

-          Platon, Phédon (trad. Monique Dixsaut), éd. Garnier - Flammarion, 2008.

-          Jean Locquin, La Peinture d'histoire en France de 1747 à 1785,  Arthena 1978.

-          Antoine Schnapper et Arlette Sérullaz, David, Paris, RMN, 1989, n°76.

-          Hugh Honour, Le Néo-classicisme, Paris, Livre de poche, coll. « référence »,‎ 1998.

-          Michel Constantini, 1779 - Les nuées suspendues -Voyage dans les arts européens au Siècle des Lumières, éd. Harmattan, 2009.

-          "Exposition des tableaux au salon du Louvre en 1787." Journal général de France (1787) [Collection Deloynes, vol. 15, no. 402, pp. 957–59].

 

 

 

10/05/2014

La citation du W-E VI - David Hume

Painting_of_David_Hume.jpg

"La beauté des choses existe dans l'esprit de celui qui les contemple."

David Hume

 

 

Source image: http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Painting_of_David_...

 

12/04/2014

La mort de Socrate de David - Analyse a priori

 

David_-_The_Death_of_Socrates.jpgCe tableau d’histoire, peint par le célèbre peintre français Jacques-Louis David en l’an 1787, mesure 130 cm de hauteur et 196 cm de largeur. C’est par conséquent une œuvre picturale d’une taille relativement conséquente.

Il est soigneusement conservé dans l’un des musées d’art le plus fameux d’outre-manche : le Metropolitan Museum of Art. Celui-ci se trouve à New York aux Etats-Unis d’Amérique.

Peint à l’huile sur toile, son état de conservation actuel semble relativement correct. Bien sûr, son état initial était probablement plus éclatant et peut-être les couleurs se sont-elles un peu assombries avec le temps. Il ne semble pas non plus avoir été victime d’autres types de dégâts : pas de traces de coups ou de déchirures par exemple. Mais cela est évidemment difficile à affirmer avec certitude puisque je n’ai pas vu l’œuvre de mes propres yeux.

Plusieurs personnages sont en scène. Au premier plan, le plan principal, on voit un homme assis, la main levée, entouré par huit autres hommes.

Au plan intermédiaire, dans le petit couloir plutôt sombre, se trouve un homme adossé contre le mur comme s’il pleurait. Il semble en tout cas exprimer un sentiment de tristesse.

Au fond, dans le dernier plan de l’œuvre, on peut voir trois hommes prendre les escaliers, peut-être en discutant, dont un qui fait un signe de main. Leur attitude semble différente de celles des autres. Comme ils sont plus loin, ils sont forcément d’une taille plus réduite dans la composition.

Quant à la composition chromatique, elle est faite de couleurs sombres pour le décor: des nuances de noir et de gris nous plongent dans une ambiance carcérale. Cette palette chromatique est en contraste avec les couleurs des habits des personnages. Celui du centre et plus à gauche sont en blanc. On retrouve également plusieurs personnages avec du rouge, du bleu et du jaune essentiellement.

Cette scène n’est pas légendaire, ni inventée. C’est un tableau d’histoire, comme dit précédemment.  Nous savons que le philosophe Socrate a réellement été condamné à mort en buvant la ciguë. Il fut condamné pour plusieurs raisons : corruption de la jeunesse, introduction de nouvelles divinités et négation des Dieux vénérés dans la cité. Les textes nous laissent aussi trois noms d’accusateurs : Mélétos, Lycon ainsi qu’Anytos.

Socrate et la ciguë sont les éléments centraux de cette toile. On voit qu’il n’est plus enchainé et qu’il s’apprête à prendre avec sa main droite le verre rempli de ce poison, afin de le boire et de mourir enfin. Nous savons que selon la philosophie de Socrate, mourir n’est pas forcément un mal. En effet, il pensait même que le corps est le tombeau de l’âme et qu’en mourant l’âme se libère. C’est probablement pour cela, qu’on ne le voit pas en train de pleurer ou d’être triste, on dirait au contraire qu’il continue ses enseignements. Sa mort et ses derniers instants seront d’ailleurs perçu comme une sorte d’enseignement. On peut également percevoir cela comme une attitude vertueuse de la part de Socrate.

Par contre, tous les hommes qui l’entourent, qui sont probablement ses disciples, semblent tous exprimer de la tristesse, que ce soit  à travers leur expression faciale, leur gestuelle. Il y en a un qui est assis la tête baissé, les mains jointes, habillé en blanc comme Socrate, qui semble avoir une attitude différentes. Il semble en effet plus calme, comme s’il avait accepté la future mort de Socrate plus facilement que les autres. On peut dire de lui qu’il a l’air stoïque, tout comme son maitre face à la mort. Peut-être est-ce Platon.

Au loin, dans le dernier plan, les trois hommes sont peut-être les trois accusateurs mentionnés plus haut :  Mélétos, Lycon et Anytos. Eux aussi ont une attitude fondamentalement différente : il n’exprime en tout cas pas de tristesse et semble s’en aller, comme pour quitter la composition du tableau, comme si de rien était. L’un d’entre eux, habillé en rouge, fait un signe de la main. Peut être le signe est-il adressé au spectateur car il ne semble pas qu’il s’adresse à un autre personnage du tableau. Peut-être se dénonce-t-il lui-même comme coupable de la condamnation du philosophe.

Cette analyse est une analyse a priori dans la mesure où je n'ai pas fait de recherche pour parler de cette œuvre, je l'ai fait par rapport à mes connaissances actuelles. Il y aura bien sûr un texte beaucoup plus complet par la suite et qui ne sera point improvisé.


13:52 Écrit par Igor Rodrigues Ramos | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |

22/03/2014

La citation du week-end I

 

"Toute vérité passe par trois stades :
En premier lieu on la ridiculise;
en deuxième lieu on s'y oppose violemment;
enfin on l'accepte comme si elle allait de soi."


Schopenhauer

schopenhauer, philosophie, vérité, école autrichienne

source image: http://commons.wikimedia.org/wiki/File:Schopenhauer.jpg

24/02/2014

Sur le mensonge

 

 

 L’être humain, animal sociable par excellence, est généralement un individu solitaire dans la mesure où aucun autre être vivant ne peut sentir, penser ou vouloir à sa place, pour ne citer que ces actes. Si l’on est très triste, aucun autre que nous même ne pourra porter notre lourde peine. Pareil pour la joie ou tout autre sentiment personnel. Même délaissé par tous, il semblerait en effet qu’un être humain vivant, normalement constitué et raisonné soit apte à faire ces actes de l’esprit.

Ces actes de l’esprit, ou actes mentaux pour le dire autrement, nous sont évidemment propres et personne d’autre que nous n’y a directement accès. Pourtant, lorsqu’il s’agit de communiquer avec quelqu’un, nos  productions mentales subjectives ne sont plus suffisantes par elles-mêmes. En effet, personne ne peut rentrer dans notre cerveau de force ou de gré et savoir ce que l’on veut mieux que nous-même et ce que l’on désire exprimer. Ce n’est pas pour autant que l’on peut affirmer que l’on a accès consciemment à tous nos états mentaux, mais qui mieux que nous saura les exprimer ?

 Nous parlerons dès lors d’actes sociaux dans la mesure où ils ne peuvent point se réaliser personnellement et de façon solitaire. La présence de l’autre est obligatoire[1]pour qu’ils puissent se réaliser pleinement, c’est-à-dire, pour que leurs conditions de réalisations soient satisfaites.

Un acte social semble donc possible dans une société d’êtres raisonnés, intelligents  et pouvant se comprendre mutuellement les uns les autres[2]. J’ai beau savoir parler, je ne peux discuter avec un lampadaire. J’ai beau savoir parler portugais et français, je ne peux avoir une discussion à propos de la seconde guerre mondiale avec mon chien. Pareil avec un arbre ou tout autre végétale. Je ne peux pas jouer aux échecs avec un enfant de deux mois. Tout cela nous semblerait évidemment absurde.

Au moins deux notions sont notables et pertinentes lorsque l’on tente de comprendre la communication intentionnelle d’idées ou de sentiments entre deux êtres humains pouvant se comprendre: la notion de sincérité et celle de mensonge. Cet essai va se concentrer essentiellement sur celui du mensonge.

Le but principal de cet essai est triple : dans un premier temps je vais tenter de définir la nature du mensonge et de proposer une définition adaptée de mon cru. Voici la thèse que je vais soutenir : mentir, c’est affirmer non-P ou une proposition supposant non-P, alors que l’on pense P, tout en ayant la volonté de tromper consciemment un interlocuteur intelligent et raisonné, capable de nous comprendre. Par la suite, je tenterai d’analyser le lien entre le mensonge et les conditions de vérités d’une affirmation à partir de la définition proposée et d’exemples pertinents. Ensuite, je tenterai d’identifier s’il y a oui ou non une valeur morale du mensonge, à travers notamment le célèbre débat entre Kant et Benjamin Constant. 

 

Tentons dès lors d’avancer une définition du mensonge qui ne soit pas négative. La définition positive que je vais proposer pour le mensonge présuppose au moins deux acceptations.

 La première, est que le mensonge est à l’opposé de la sincérité. Un être humain peut mentir et être sincère selon les moments de sa vie bien sûr, mais pas exactement en même temps. Un mensonge ne peut pas être sincère. La sincérité ne peut également pas être mensongère. Soit l’on ment, soit l’on est sincère. On ne peut mentir et être sincère au même instant t.

La deuxième, est que l’on ne peut mentir qu’à autrui. L’acte de mentir est un acte social et conscient et l’on ne peut par conséquent pas se mentir à soi-même selon la définition qui va suivre. Cette dernière affirmation serait d’ailleurs très intéressante à étudier plus exhaustivement, notamment lorsque l’on pense à des cas de schizophrénie et de mythomanie. Malheureusement, ce n’est pas mon projet pour cet essai.

En acceptant ces deux prémisses, c’est-à-dire sans les remettre en question pour l’instant, comment peut-on définir distinctivement et justement le mensonge ? Voici ce que nous disait ce très cher Saint Augustin, fameux théologien chrétien d’origine berbère : «ment celui qui dit autre chose que ce qu’il a dans son âme, avec la volonté de tromper.[3] ». Il nous indique ici deux caractéristiques que l’on peut accepter pour le mensonge : la première, que l’on a déjà acceptée en d’autres termes, est qu’un mensonge est conscient car il faut avoir la volonté de tromper. On ne peut pas tromper quelqu’un inconsciemment, ce serait absurde. Il nous indique également que le mensonge est dans un rapport avec notre intériorité mental et ce que l’on exprime extérieurement. Cela nous indique peut être « où se trouve le mensonge » : entre ce que l’on pense et ce qu’on exprime aux autres.

Arrêtons-nous plus amplement sur la volonté de tromper autrui. Il semblerait que celui qui mente est le désir, la volonté, l’intention de tromper. En d’autres termes, celui qui ment à l’intention de mentir. Le concept d’intentionnalité est ici extrêmement important. Dès lors, peut-on vraiment parler de d’intention linguistique dans le cas qui nous intéresse ? Tout dépend de quel type d’intentionnalité on parle. Irène Rosier-Catach, linguiste et philosophe française, peut peut-être nous renseigner : « La première est l’intention, purement linguistique, d’utiliser les paroles dans leur sens ordinaire, donc de permettre à l’auditeur de reconstruire, sans présumer une quelconque possibilité de tromperie, l’intention à partir des paroles.[4] ». L’intention dont elle nous parle ici, ressemble étrangement à une intention linguistique dite sincère, au contraire d’une intention linguistique mensongère, si toutefois on peut parler dans ces termes.

A partir de ces affirmations fournies par Augustin et Rosier, et des deux premières prémisses acceptées, qu’est-ce qu’un mensonge ? Posons la question autrement : quelles sont les conditions nécessaires, et non suffisantes, pour qu’un mensonge se réalise pleinement, dans sa totalité? Voici ma réponse personnel et subjective à cette question : l’acte de mentir nécessite au moins trois conditions de réalisation.

 La première, est que le fait que pour mentir X doit affirmer que non-P ou une proposition qui suppose non-P alors qu’il pense P. La deuxième est que pour mentir il faut avoir la volonté de tromper et par conséquent être conscient de cela. La troisième, est que pour mentir à notre interlocuteur, il faut absolument que notre interlocuteur nous comprenne, car sans cela, on a beau essayé de mentir, notre mensonge n’atteint pas son but et par conséquent ne se réalise pas complètement. Il faut que ces trois conditions soient réunies, sinon un mensonge, selon moi, ne peut pas se réaliser.

Je définis ainsi l’acte de mentir grâce à ces trois conditions : mentir, c’est affirmer non-P ou une proposition supposant non-P, alors que l’on pense P, tout en ayant la volonté de tromper consciemment un interlocuteur intelligent et raisonné, capable de nous comprendre.

Je vais maintenant analyser et exemplifier le mensonge à travers une affirmation relativement banale pour expliquer plus en détail la première condition de réalisation d’un mensonge, à savoir affirmer non-P ou une proposition supposant non-P, alors que l’on pense P. Voici une affirmation spécifique, « Jésus est chez le maire ». Si Jean, être raisonné, affirme consciemment à Juda, être également raisonné et conscient, que « Jésus est chez le maire »(P) et que ce même Jean pense que « Jésus n’est pas chez lui », alors Jean a menti. Pourquoi ? Parce qu’il pense que non-P (« Jésus n’est pas chez le maire ») mais affirme à son ami Juda que P (« Jésus est chez le maire) 

Mais Jean, en pensant P, n’a pas besoin d’affirmer non-P pour être en train de mentir. En effet, il lui suffit d’affirmer une proposition qui présuppose non-P. Reprenons notre exemple : « Jésus est chez le maire » ( P). Jean pense que p (« Jésus est chez le maire ») mais affirme à Juda que « Jésus est chez le l’esthéticienne ». Ici aussi, Jean a menti, c’est indéniable. Pourtant, il n’a pas eu besoin d’affirmer non-P. Par contre, il a affirmé une proposition qui présuppose non-P. Effectivement, en disant que « Jésus est chez l’esthéticienne », il faut présupposer que « Jésus n’est pas chez le maire » puisque il est chez l’esthéticienne. Donc, dans cette situation Jean a également menti consciemment à Juda.

 

 

Etudions dès lors le lien possible entre l’acte de mentir et les conditions de vérités d’une affirmation, si toutefois il y en a un.

La question fondamentale à laquelle je vais tenter de répondre est celle-ci : l’acte de mentir influence-t-il les conditions de vérités d’une affirmation et/ou les conditions de vérités d’une affirmation influencent-t-elles l’acte de mentir ? Ou pour le dire encore autrement : les conditions de réalisations d’un mensonge influencent-elles les conditions de vérités d’une affirmation et/ou les conditions de vérité d’une affirmation influencent-elles les conditions de réalisation d’un mensonge ?

Le penseur Bonaventure quant à lui affirmait qu’il existe pour la parole une double vérité et fausseté, selon si on le rapporte à la chose ou à l’intention[5]. Vérace et fallacieux quand on le rapporte à l’intention, et faux et vrai quand on le rapporte cette fois à la chose. Il semblait donc complétement délier les deux. C’est une première voie viable.

Analysons alors une première hypothèse: le fait de mentir influence les conditions de vérité d’une proposition.

 Si c’est effectivement le cas, alors on peut déduire que l’intention de mentir ou pas  du locuteur est capable de rendre vrai ou fausse une proposition. Reprenons l’exemple du chapitre précédant : « Jésus est chez le maire »(P). Supposons que j’affirme que non-P, avec l’intention de tromper et en pensant que P. Est-ce que le fait que j’ai l’intention de tromper celui qui m’écoute consciemment et que je pense P, et que donc je suis en train de mentir, influence la vérité de cette proposition ? Il semblerait que non. Effectivement, ce qui rend la proposition « Jésus est chez le maire » vraie ce ne sont pas ces facteurs-là. Il semblerait plutôt que ce qui rend vrai « Jésus est chez le maire » ce sont l’état des choses actuel à ce propos. Pour simplifier, si Marie existe et qu’elle se trouve chez le maire au moment où moi-même j’affirme cela, alors la proposition est vraie. Si ce n’est pas le cas, alors l’affirmation est alors erronée, fausse. Dans cet exemple il n’y a aucune influence du mensonge sur les conditions de vérités.

Je ne vais point m’engager dans un grand débat à propos de qu’est ce qui rend vrai une proposition ou pas, ce n’est pas mon sujet principal et cela mériterai probablement au moins un livre tout entier. Mais on peut tout du moins affirmer que ce qui rend vrai une proposition ce n’est pas le fait que l’on soit sincère ou mensonger en l’affirmant. Vérifions cette dernière affirmation jusqu’à dans ses derniers retranchements.

Le mensonge ne semble point influencer les conditions de vérité d’une proposition en règle générale. Mais est-il possible de trouver des cas où le mensonge influence les conditions de vérité ? A première vue on serait tenté de répondre catégoriquement  que non au vu de l’exemple précédant. Pourtant, si j’affirme à quelqu’un qu’au moment où je lui parle « je suis sincère », est ce que la sincérité et le mensonge influence les conditions de vérité ? Ici, il semble que oui. Pourquoi ? Parce que ce qui rend vrai cette proposition, c’est-à-dire « je suis sincère en te parlant de x» c’est le fait que je mente ou qu’au contraire, je sois sincère. Effectivement, si je mens, la proposition est indéniablement fausse. Tandis que si je suis sincère la proposition est rendue vraie. Dans ces cas-là, plutôt rares à vrai dire, il semblerait que le mensonge influe directement sur les conditions de vérité, tout comme dans le paradoxe du menteur, que je n’aborderai pas dans cet essai. Une constatation similaire peut également être faite pour la sincérité. Cela reste néanmoins un cas limite, l’exception qui confirme la règle générale que l’on a établie.

Prenons la supposition inverse maintenant ; supposons que les conditions de vérité d’une affirmation influence les conditions de réalisation du mensonge. Si cela est le cas, alors la vérité et la fausseté d’une affirmation influence l’une des conditions de réalisation du mensonge. La condition qui risquerait d’être modifié, parmi les trois que j’ai proposés, serait clairement la première : affirmer non-P ou une proposition supposant non-P, alors que l’on pense P. Mais on remarque aisément que les conditions de vérités ne semblent pas influencer les conditions de réalisation. En effet, ce qui compte c’est ce que celui qui parle pense. Reprenons notre exemple : « Jésus est chez le maire »(P). Si Jean pense P et affirme non-P à Juda, on remarque que même s’il se trompe, c’est-à-dire qu’il pense P, mais en fait c’est non-P qui est vrai, alors Jean a tout de même menti, même si ce qu’il pense est faux. Nous pourrions développer d’autres exemples de ce type mais cela n’est pas nécessaire..

Maintenant que nous avons donné une définition du mensonge à travers ces conditions de réalisation et que nous avons montré que le fait de mentir n’influence pas les conditions de vérité, sauf dans de rares exceptions, je vais maintenant me poser la question suivante : peut-on accorder une valeur morale au mensonge ? Pour répondre à cette question, je vais présenter le fameux débat entre Kant et Benjamin Constant

 

 

Devrions-nous parfois mentir ? Est-t-il justifiable de mentir ? Le mensonge doit-il être toléré dans certains cas ? Existe-t-il un droit de mentir ? C’est le type de questionnements classiques de la philosophie morale sur le sujet qui nous intéresse. Plusieurs penseurs se sont penché sur ces questions mais une opposition philosophique entre deux d’entre eux est particulièrement connue: Constant contre Kant.

Voilà ce que nous dit Emmanuel Kant, honorable philosophe allemand, à propos du mensonge:

«  Accepterais-je bien avec satisfaction que ma maxime (de me tirer d'embarras par une fausse promesse) dût valoir comme une loi universelle (aussi bien pour moi que pour les autres) ? Et pourrais-je bien me dire : tout homme peut faire une fausse promesse quand il se trouve dans 1'embarras et qu'il n'a pas d'autre moyen d'en sortir? Je m'aperçois bientôt ainsi que si je peux bien vouloir le mensonge, je ne peux en aucune manière vouloir une loi universelle qui commanderait de mentir; ».

Selon celui-ci, ne pas mentir est tout simplement un principe et le mensonge ne doit en aucun cas devenir une loi universelle. Il imagine justement que le mensonge soit effectivement une loi universelle, c’est-à-dire que tous les gens capable de le pratiquer, le pratique à outrance. Dame sincérité est ici  complétement absente. Ce cas est bien évidemment extrême, bien qu’imaginable. Si tel était le cas, cela poserait divers problèmes, notamment sociétaux et personnels. Mais est-ce que Kant veut nous pousser à ne pas du tout mentir ? N’est-ce pas là une interprétation trop forte? Peut-être. Pourtant le philosophe allemand a d’ailleurs déjà été vivement critiqué parce qu’il affirmait qu’il ne fallait jamais, mais vraiment jamais, mentir[6]. Il est pour ainsi dire un anti-conséquencialiste dans la mesure où peu importe les conséquences de ne pas mentir, il faut suivre le principe coute que coute. C’est ce que Kant nomme l’impératif catégorique. Il suffit d’ailleurs d’imaginer un monde où toute personne consciente mentirait sans cesse. Dans ce cas-là personne ne croirait personne et la communication deviendrait bien plus compliquée puisque personne ne dirait vraiment ce qu’il pense. L’Homme n’exprimerait jamais ce qu’il pense vraiment.

Pourtant, dans la vie de tous les jours, nous remarquons qu’il semble difficile, voir presqu’impossible pour quiconque de ne jamais mentir. Evidemment on ne ment pas sans cesse, cela n’aurait pas de sens. Nous avons besoins d’être sincères. Non pas que cela soit totalement impossible, bien qu’à certains âges, les enfants ne sont même pas encore capable de mentir par exemple. Mais pour Kant, c’est un devoir de ne pas mentir, qu’importent les conséquences que cela entraine. Cela signifie que, par exemple, selon lui, durant la seconde guerre mondiale, ceux qui n’ont pas dénoncé les juifs, les homosexuels et autres personnes poursuivis par les nazis, n’ont pas accomplis leur devoir, car pour cela ils ont probablement dû mentir. En interprétant de manière forte l’impératif catégorique tout du moins.

Que nous dit sur le sujet l’écrivain et politicien contemporain de Kant, Benjamin Constant ? Il n’est pas aussi catégorique et extrême que lui. Si pour l’allemand il ne faut jamais mentir, pour Constant il y a des situations où, au contraire, l’ont peu mentir. Et plus particulièrement pour le bien d’autrui, si par exemple la vie de quelqu’un est en jeu. Selon Benjamin Constant, imposé aux gens de ne jamais mentir et en prenant cette idée dans l’absolu, alors la vie en société s’en retrouverait très influencé et deviendrait par la même occasion impossible. Pour lui, il ne faut pas oublier ce qu’il appelle les principes intermédiaires qui sont liés au fait de dire la vérité, et qui parfois, selon la situation, contextuellement parlant, certaines personne ne méritent pas qu’on leur dise la vérité. Voilà ce que nous dit Constant:

« Dire la vérité est un devoir. Qu'est-ce qu'un devoir ? L'idée de devoir est inséparable de celle de droits : un devoir est ce qui, dans un être, correspond aux droits d'un autre. Là où il n'y a pas de droits, il n'y a pas de devoirs. Dire la vérité n'est donc un devoir qu'envers ceux qui ont droit à la vérité. Or nul homme n'a droit à la vérité qui nuit à autrui. ».

Kant, prenant probablement conscience de cette argumentation, décide de contredire cette théorie qu’il trouve étrange, d’un soi-disant droit de mentir. Il entreprend donc de montrer à Constant et à ceux qui se pose la question, qu’il ne faut mentir dans aucune situation et ce peu importe la situation[7]. L’un de ses arguments principaux est que cela troublerait intrinsèquement le contrat social. Le contrat social, ou en tout cas un certain type de contrat social, repose sur la bonne foi, la confiance et sur la recherche de la vérité pour ainsi dire. Comment établir un contrat social si tous les contractants mentent ? Ou si une partie seulement ment ? Selon Kant, le mensonge ne sert à rien, il n’est pas positif, ne produit rien de bien, n’est pas efficace. Même dans le cas, proposé déjà par Constant, où des assassins viennent chez nous pour tuer un ami, nous n’avons pas le droit de mentir à ces assassins et il faut réponde à leurs questions en toute sincérité. Cela nous semble étrange et dans l’application, dans la réalité, il semble difficile voir impensable pour quiconque de vendre la vie de son ami à des assassins qui le poursuivent. C’est probablement pour ce genre de cas où l’impératif catégorique Kantien est clairement remis en doute. Même Kant avoue tout de même dans sa correspondance qu’il n’est pas nécessaire de dire toute la vérité. Il est ainsi moins catégorique et extrême. On pourrait croire que pour lui le mensonge par omission n’est pas valide. On peut par exemple imaginer un médecin qui ne veut pas dire toute la vérité à son patient pour son bien ou encore un mari qui trompe sa femme et qui ne lui avoue pas pour ne pas lui faire de mal. On peut imaginer bien des situations où tout ce que l’on pense n’est pas toujours bon à dire selon certains.  Bien sûr ce sont toujours des cas discutables et sujets à débats.

Passons maintenant à la conclusion de ce court essai.

 

 

Le mensonge s’inscrit donc dans des actes sociaux comme la communication orale avec autrui mais aussi dans le langage corporel. Je l’ai également noté, il faut que ça soit des êtres intelligibles et qui se comprennent qui le pratique, sinon il ne semble pas vraiment possible de mentir, ni même d’être sincère.

Soulignons un point important : les affirmations étant intrinsèquement faillibles dans leur capacité à dire ce qui est vrai et ce qui est faux, il nous reste uniquement le jugement sur la conformité des pensées et comment on les exprime[8]. Cela veut dire que l’on peut, même quand l’on a tort, choisir d’être sincère ou pas.

Que puis-je critiquer sur tous ce que j’ai affirmé ? Où sont les faiblesses de ma théorie ? Plusieurs points probablement, mais le plus important et contraignant est qu’une vision dichotomique de la sincérité et du mensonge est peut-être trop simpliste. Il y a-t-il plusieurs formes, degrés ou types de mensonge? Voilà qui n’est pas forcément absurde.

Nous pourrions engager plusieurs autres discussions et débats sans fin. Par exemple, peut-on réellement se mentir à soi-même comme beaucoup le prétendent sans peut-être vraiment y réfléchir ? Est-ce que l’omission peut être considérée comme une forme de mensonge ? Est-ce qu’une société où tout le monde est sincère avec tout le monde dans chaque situation est une société vivable et possible ? On pourrait se demander à partir de quel âge et pourquoi l’être humain commence-t-il à mentir. Ou encore, comme Rosier, nous pourrions nous demander la valeur effective de l’intention signifiante dans un mariage[9], ou encore se demander si l’intention influence le sens[10].

 Le débat, surtout au niveau moral et politique, reste par conséquent très largement ouvert.

 

 

 

 

Bibliographie :

1)    Thomas Reid, Œuvres complètes, trad. par Théodore Jouffroy , Paris,  2° édition A. Sautelet, 1828.

2)    I. Rosier, La parole comme acte. Sur la grammaire et la sémantique au
XIIIe siècle, Paris, Vrin, 1994

3)    Emmanuel Kant, opuscules relatifs à la morale, traduction par Jules Barni, Auguste Durand, 1855 (pp. 251-256).

4)    I. Rosier-Catach, La parole efficace. Signe, rituel, sacré, Paris,
Seuil, 2004

5)    Aristote, Catégories. Sur l'interprétation. (Organon I-II), éd. Flammarion, coll. « GF Philosophes », 2007, trad. et prés. par M. Crubellier, C. Dalimier et P. Pellegrin.

6)    Emmanuel Kant, Métaphysique des mœurs, II, trad. Alain Renaut, Paris, Flammarion, 1994.

7)    Sabine Plaud, Wittgenstein, éd. Ellipses, collection philo-philosophes, 2009.

8)    Wittgenstein, Recherches philosophiques (RP), tr.fr. F. Dastur, M.Elie, J.-L. Gautero, D. Janicaud, E. Rigal, Paris, Gallimard, 2004.

9)    Wittgenstein, Tractacus logico-philosophicus (TLP), tr.fr. G.-G. Granger, Paris, Gallimard, 1993.

 



[1] Thomas Reid, Œuvres complètes, trad. par Théodore Jouffroy , Paris,  2° édition A. Sautelet, 1828, p. 85.

[2] Thomas Reid, Œuvres complètes, trad. par Théodore Jouffroy , Paris,  2° édition A. Sautelet, 1828, p. 86.

[3] I. Rosier-Catach, La parole efficace. Signe, rituel, sacré, Paris,
Seuil, 2004, p. 299.

 

[4] I. Rosier-Catach, La parole efficace. Signe, rituel, sacré, Paris,
Seuil, 2004, p. 263.

 

[5] I. Rosier-Catach, La parole efficace. Signe, rituel, sacré, Paris,
Seuil, 2004, p.303.

 

[6] Emmanuel Kant, opuscules relatifs à la morale, traduction par Jules Barni, Auguste Durand, 1855, p. 251.

 

[7] Emmanuel Kant, opuscules relatifs à la morale, traduction par Jules Barni, Auguste Durand, 1855, p. 251.

[8] I. Rosier-Catach, La parole efficace. Signe, rituel, sacré, Paris,
Seuil, 2004, p. 300.

 

[9] I. Rosier-Catach, La parole efficace. Signe, rituel, sacré, Paris,
Seuil, 2004, p. .

 

[10] I. Rosier-Catach, La parole efficace. Signe, rituel, sacré, Paris,
Seuil, 2004, p. 293.

 

12:09 Écrit par Igor Rodrigues Ramos dans Parce que la philosophie soulage l'âme | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | |