14/02/2016

Interview de François Darracq!

D’où vous est venue l’idée d’écrire un roman sur cette fameuse « Affaire Galilée » ?

J’ai eu l’occasion de l’étudier il y a une dizaine d’années dans le cadre d’une recherche historique, qui a donné naissance à un gros livre. Cette histoire m’a passionné, et je lui ai trouvé des ressorts parfaitement romanesques. L’idée m’est donc venue de la reprendre sous un autre angle, celui du roman, avec les libertés que procure cet autre type d’écriture.

 

Le roman est-il un moyen alternatif d’apprendre l’histoire d’une manière plus plaisante ?

Certainement ! Le philosophe Alain a eu cette jolie phrase : « L’historien emplirait des pages avant d’égaler un peintre d’histoire ». Il voulait souligner par là que le roman historique donne à voir et à comprendre l’histoire de manière vivante et instructive. Combien de lecteurs ont découvert l’Egypte ancienne à travers les romans de Christian Jacq ou le Moyen Age avec Maurice Druon ? Sur l’Affaire Galilée, il existe beaucoup de livres savants que le lecteur trouvera indigestes dès l’introduction. Par le roman, on pénètre dans un univers et dans les têtes des protagonistes, on s’imprègne d’une atmosphère, de la logique des personnages. C’est toute la différence entre le voyage et le documentaire…

 

Mais un roman sur une page d’histoire aussi connue que celle des mésaventures de Galilée ne souffre-t-il pas de l’absence de surprise ?

C’est une page célèbre de l’histoire, c’est vrai, mais je doute qu’elle soit si bien connue du public. Et pour cause : dès le XVIIe siècle et jusqu’aujourd’hui, elle a été instrumentalisée et caricaturée, et donc dénaturée. On a vu en Galilée un martyr de la science et en l’Eglise catholique qui l’a condamné une institution obscurantiste. Ce raccourci est évidemment simpliste. Dans Splendor Veritatis, je fais vivre au lecteur les contradictions internes de l’Eglise à travers la lutte d’influence que se livrent conservateurs et progressistes ; du côté de Galilée, il y a eu aussi quelques coups bas qui lui ont valu de solides inimitiés. On n’est plus dans le noir-blanc, mais dans les nuances de gris !

 

On connaît les déboires de Galilée avec l’Inquisition, comment éviter de tomber dans une « chronique d’une condamnation annoncée » ?

La condamnation de Galilée clôt dans mon roman une première partie qui ne constitue qu’un tiers du livre. Le véritable suspense commence là, lorsque le principal opposant à Galilée, le père inquisiteur Inchofer, découvre la preuve que le condamné avait raison. Il va dès lors devoir résoudre un dilemme existentiel : choisir entre la fidélité à l’Eglise et la vérité astronomique, une vérité de la nature créée par Dieu.

 

Puisque le concept figure dans le titre, qu’est-ce donc que la Vérité ?

Vaste question ! On préfère aujourd’hui mettre ce terme au pluriel… Mais dans le cas présent, la vérité scientifique est unique : la terre tourne autour du soleil, et non le contraire comme on le croyait alors. Galilée tenait la vérité, une vérité aussi splendide que l’espace dans lequel elle s’affirmait. Une phrase de Vauvenargues m’a beaucoup inspiré : « La vérité est le soleil des intelligences ». La métaphore céleste convient parfaitement à ce qui se produit chez Galilée et chez Inchofer : la force de son rayonnement est aveuglante, même quand on cherche à tout prix à garder les yeux fermés.

 

Quelle est la part de fiction et de vérité dans votre roman ?

On se pose souvent cette question en lisant un roman historique. Je crois qu’il faut entrer dans une œuvre avec l’intention de se laisser porter. Le moment des questions sur la véracité des faits ne doit pas intervenir avant d’en avoir achevé la lecture. Les cinéphiles qui ont apprécié le film Amadeus de Milos Forman ont peut-être su après coup que Salieri n’a pas joué, dans la vraie histoire, le rôle qui lui est assigné dans le scénario. Ils n’en ont pas moins aimé vivre l’histoire d’amour-haine qu’il a incarnée dans le film. J’utilise le même ressort avec Inchofer, révélateur de l’atmosphère dans cette Italie baroque qui sert de décor à ce drame célèbre.

 

Pour que des manuscrits inédits de Galilée échappent à la surveillance des inquisiteurs, vous faites intervenir un Genevois et l’un des messagers passe par Genève. Fiction ou réalité ?

Le personnage de Diodati a réellement existé, et a joué un rôle considérable pour soustraire les œuvres de Galilée à la censure. En tant que protestant, il avait les coudées franches pour le faire, alors que l’entourage catholique du savant était muselé par l’Inquisition. Mais cet aspect confessionnel n’est pas central dans mon roman. Diodati réagit en tant que « citoyen de la République des lettres » : il intervient pour contrer les censures romaines, qui menacent la « liberté de philosopher », comme on disait alors.

 

La rébellion contre le dogmatisme religieux, une thématique très actuelle…

Un dogmatisme de tous bords, malheureusement. Ce livre en illustre un épisode célèbre, en donnant, je l’espère, des arguments qui permettent de rester optimiste. La liberté de penser et de s’exprimer est comme l’eau qu’on chercherait à endiguer : elle parvient toujours à se frayer un chemin.

 

François Darracq, Splendor Veritatis, éditions Slatkine, 2015, 296 pages.

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