31/05/2015

Révisions

 

J'aime ce qu'elle fait et ce qu'elle ne fait pas. Il y a des fois, comme celle-ci même, je la regarde tout simplement faire des choses plus simples encore. Je regarde et je pense, je contemple et je ressens.

Elle révise.

Elle tourne les pages noircies de ce polycopié comme le vent caresse les coiffures arbresques, assise élégamment - suis-je jaloux d'une chaise ? - sur ces fesses de marbre moelleux.

En baillant, elle semble expirer le monde entier et ses éléments, elle est ce microcosme, miroir de la création originelle.

Cette clope à la bouche, étreinte par ses douces lèvres, éteinte pour l'instant - ah non elle l'allume finalement, enfin - symbole de destruction; elle la maîtrise de sa sainte main et dompte le feu prométhéen. Et les pages tournent encore entre ses doigts, et tournent et tournent et tournent.

Que lit-elle ? Qu'importe, elle lit et moi je lis en elle comme en un livre fermé. Vous savez ces fameux livres qui attirent l'œil avec un quatrième de couverture alléchant dont la bonne réputation ne fait qu'accroître. Parfois on est déçu à la lecture, quant à elle, non, point de déception, elle est ce livre fermé, que l'on ne lira jamais entièrement; les abysses sont trop profondes, sans cesse en expansion, trop de richesses pour toutes les amasser. Avez-vous déjà essayé de comprendre et de lire les signes de l'infini ? Impossible.

Une taff par ci, un coup de fumée par-là, elle écrase passionnément ce poison dans le cendrier d'en face. Quand elle fume, elle ressemble à ce train d'antan qui nous transporte loin dans le temps et l'espace, ces lieux animés qui nous dessinent tant de paysages. L'on devrait payer notre place ni selon l'intérieur du train ni selon sa vitesse, mais selon ce que celui-ci nous dévoile par la fenêtre: dans son cas, j'ai l'impression prenante d'être tout le temps en première classe contemplant ce qu'aucun n'a jamais contemplé: l'invisibilité du réel.

Elle note des signes hiéroglyphiques; peut-être un dialecte sumérien ou du magyar plus ancien, que sais-je, peut-être ai-je devant moi des futures tablettes prophétiques. Ou alors c'est juste ses notes de cours. Je ne sais pas ce qu'elle écrit, je n'arrive pas à le lire, elle écrit mal si bien.

Je sais tout du moins une chose, ce qui n'est pas négligeable au vu de l'étendue de mon ignorance: elle a inscrit en moi des signes magiques, des enchantements puissants, sorcière aimée et aimante, je suis volontairement sous son emprise - et à l'entrée de mon cœur, elle a déposé une entaille. Elle s'y est engouffrée, toujours plus profondément, et au fond de cette caverne aortique, elle a allumé un feu de joie, réchauffant mon corps et mon esprit, chassant les démons et m'ouvrant la voie à l'aventure. Eh oui vous savez bien, ces aventures que l'on ne vit jamais car on les croit impossibles. Possible.

Dites-moi mes chers, mes chères, pourquoi ai-je l'impression de me rapprocher du divin en aimant une telle femme ? Ne dit-on pas que Dieu n'est qu'amour? C'est peut-être là que réside la beauté de l'amour que l'on se porte sincèrement : le pouvoir de faire naître l'infini du fini.

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