22/02/2015

Introduction au concept d'anthropocène

 

anthropocene_fr_FINAL.jpgL’anthropocène, un concept relativement peu connu - même le correcteur de Word ne semble point le connaître - risque bien un jour ou l’autre de rentrer dans le champ lexical personnel de tous. Vous allez très rapidement comprendre pourquoi cela reste une possibilité ouverte mais pas encore confirmée. Je ne suis pas un climatologue, un glaciologue ou un paléontologue mais je peux probablement vous faire découvrir deux-trois choses liés à ce concept, et je l’espère, c’est le but principal de cet article, vous motiver à faire des recherches complémentaires à son sujet et tout ce qui gravite autour.

L’anthropocène désigne avant tout une ère géologique où l’influence de l’être humain est devenue prédominante sur la planète terre à tous ces niveaux : la lithosphère, l’hydrosphère, la stratosphère et bien évidemment la biosphère. Cette ère géologique, si elle existe vraiment, est sensé succédé à l’ère dite holocène, une ère interglaciaire, une période relativement chaude et stable, qui elle-même succède à la dernière ère glaciaire qu’est le pléistocène.

L’anthropocène n’est pas encore une ère avérée avec certitude. En effet, tous les scientifiques ne sont pas d’accord entre eux, ils sont d’ailleurs sensé tranché plus profondément cette question en 2016 par l’« Anthropocene » Working Group for consideration by the International Commission on Stratigraphy. Bien sûr, personne ne peut nier le fait que l’homme et ses actions influence la planète : il pollue l’air, la terre et les eaux, et on le sait aussi, il touche la biodiversité en faisant disparaître certaines espèces et en préservant d’autres. Là où les scientifiques ne sont pas d’accord c’est avant tout sur l’importance accordée à l’impact qu’à l’homme sur le réchauffement de l’atmosphère et par là même ses effets sur ce qu’on appelle les gaz à effet de serre. Un autre point sur lequel ils ne sont pas d’accord, pour ceux qui accepte l’existence de cette ère, c’est quand elle commence : tantôt on défend qu’elle commence avec le début de l’agriculture, tantôt on dira qu’elle commence avec la très productive ère industrielle, donc vers la fin du 18ème siècle, début 19ème.

Il faut noter que même si l’on suppose que cette ère n’existe pas réellement en tant qu’ère géologique distincte des autres, l’hypothèse de celle-ci est un signal d’alarme qui peut être utile à une prise de conscience et un changement des mœurs vis-à-vis de la planète et indirectement de la société humaine. Nous avons un effet négatif sur la planète, nous puisons ces ressources comme si elles étaient infinis. Ce n’est pas le cas. Protéger la planète, ses éléments et ses systèmes, c’est protéger l’espèce humaine et toutes les autres. Ne pas consommer c’est impossible, consommer autrement est accessible.

Cette idée que l'homme influence grandement l'état de la planète n'est pas nouvelle.

En 1778, Buffon écrit dans Les Époques de la Nature : « la face entière de la Terre porte aujourd'hui l'empreinte de la puissance de l'homme ».

 En 1864, George Perkins Marsh, un écologiste américain, publie ainsi un article nommé Man and Nature, Physical Geography as Modified by Human Action.

En 1873, l'abbé Antonio Stoppani, professeur au Muséum de Milan, imagine dans son cours de géologie une nouvelle ère spécifique à l’être humain, l'anthropozoïque.

En 1922, à Paris, Pierre Teilhard de Chardin, Vladimir Vernadsky et Édouard Le Roy développent tous trois le concept de noosphère A.K.A la « sphère de l'esprit humain ».

                                                                                                                         

Un grand tournant se produit pourtant en 1985. L’équipe scientifique du jeune Claude Lorius dévoile les courbes alarmantes d’augmentation de co2, un des gaz à effet de serre, après des études sur le terrain en antarctique, lors de la conférence internationale sur le climat à Vilach, et mettent ainsi en avant la corrélation nette de l’augmentation de la température et des gaz à effet de serre, notamment le co2. L’holocène était considéré comme une ère relativement stable et on remarque que depuis le début du 19ème, en analysant la composition des différentes couches de glaces, cette stabilité est ébranlée. Après ce dévoilement, une suite d’article suivra logiquement.

 

Après la lecture de ces différentes courbes, le géologue et biochimiste Eugène Stoermer et le géochimiste Paul Crutzen publièrent ensemble dans la newletter du programme international de la géosphère et biosphère un texte évoquant cette nouvelle ère : l’anthropocène. C’est néanmoins deux ans plus tard, en 2002, dans un nouvel article pour Nature, un magazine plus accessible aux profanes de la sciences que nous sommes pour la plupart, que Crutzen popularisa le terme, et propose ainsi pour début de cette ère la dernière partie du 18ème, date à laquelle ces courbes commencent à augmenter de façon exponentielle.

 

Une conscience égologique existait déjà indéniablement avant la création de ce terme, au moins 15-20 ans auparavant. Les différentes marées noires entre les années 60 et 70, le choc pétrolier, les chômages de masses, les divers mouvements pacifistes, la création de WWF et Green Peace, tout cela à participer à remettre en question le modèle sociétal occidental et états-unien notamment. La possibilité de l’anthropocène n’est que la preuve que nos craintes étaient justifiées et réelles.

 

De nombreux artistes ont aussi commencé à défendre cette idée que la planète doit être sauvegardée au profit de tous. D’autres aujourd’hui continuent leur combat plus que jamais. Celui que l’on considère comme l’un des chainons essentiels du combat artistique pour l’environnement est sans conteste Joseph Beuys. Il incarne les prémisses de ce combat artistique. Beuys participa toute sa vie à éveiller la conscience écologique des gens, en témoigne son œuvre « 7000 chênes ». Il est un indicateur de voie viable pour l’art d’aujourd’hui. Je le présenterai plus longuement dans un autre article.

 

Les artistes et les scientifiques peuvent s’entraider pour éveiller la conscience des gens, pour changer les mœurs et les comportements. Là aussi on constate que l’entraide scientifico-artistique existe déjà et l’on ne peut que s’en réjouir. Le projet Coal par exemple mobilise artistes, acteurs culturels et scientifique afin de réfléchir et agir en faveur des enjeux sociétaux et environnementaux. L’artiste suisse Pascal Schwaighofer monte une exposition avec l’aide de la faculté des géosciences et de l’environnement. Bruno Latour réunis avec les Abbatoirs de Toulouses artistes et scientifiques, en organisant des conférences, des expositions. D’autres exemples existent bien sûr, ceci n’est qu’un bref échantillon.

 

L’idée que la planète est malade et mérite des soins ne se doit plus d’être traitée uniquement de manière théorique, il est temps de la pratiquer. On ne peut décemment pas demander à tous de le faire, certains ont déjà leurs problèmes graves à gérer et doivent penser à survivre avant toutes choses. Mais tous ceux qui peuvent faire quelque chose, notamment changer son quotidien afin de l’optimiser au mieux, devrait le faire. Je ne désire pas être moralisateur mais plutôt incitateur. Alors je vous incite mes chers compatriotes à prendre soin de vous, des autres et de la terre mère et première de tous, notre planète, et même si cela a été dit et redit, les bonnes choses se doivent d’être répétées sans cesse.

 

Sources utilisées

 

Webographie 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Anthropoc%C3%A8ne

http://globaia.org/fr/portfolio/cartographie-de-lanthropocene/

http://www.alternatives-economiques.fr/bienvenue-dans-l-anthropocene_fr_art_1204_63186.html

http://www.lesabattoirs.org/expositions/anthropocene-monument

http://www.projetcoal.org/coal/

http://www.lemonde.fr/arts/article/2014/09/11/l-art-anthropocene-pas-si-facile_4486258_1655012.html

http://www.lemonde.fr/livres/article/2012/09/21/qui-a-peur-de-bruno-latour_1763066_3260.html

http://www.lesinrocks.com/2014/10/22/arts-scenes/arts/bienvenue-lanthropocene-11531313/

 

Bibliographie 

BONNEUIL Christophe et FRESSOZ Jean-Baptiste, L’événement Anthropocène, Editions du Seuil, Paris 2013

DAVVETAS Démosthènes, Joseph Beuys : La sagesse moderne, Editions Nicolas Chaudin, Belgique, 2013

FUHLBRÜGGE Heike, Joseph Beuys und die anthropologische Landschaft, Reimer, Berlin, 2007

GRINEVALD Jacques, La Biosphère de l’Anthropocène : Climat et pétrole, la double menace, Georg Editeur, Genève, 2007

LORIUS Claude et CARPENTIER Laurent, Voyage dans cette nouvelle ère dont nous sommes les héros l’Anthropocène, Acte Sud, Saint-Etienne, 2010

BUCKLAND David, Carbon 12 : Art et changement climatique, Somogy éditions d’art, Paris, 2012

 

 Source image: http://globaia.org/fr/themes/anthropocene/

 

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