04/01/2015

Le jardin des mots

 

jardin_des_mots_shinkai.jpgLe jardin des mots, The Garden of words ou Kotonoha no niwa, est un film d’animation japonais réalisé en 2013 par Makoto Shinkai.

Réalisateur et graphiste de jeux vidéo, il a notamment réalisé les films La Tour au-delà des nuages et 5 centimètres par secondes et autres court-métrages. Salué parfois comme le nouveau Hayao Miyazaki, dont il est un fan absolu selon ses dires et dont il s’inspire aussi très probablement.

Le bonhomme n’est pas dénué d’intérêt mais c’est son dernier film qui m’intrigue ici. Il faut justement savoir qu’à la base c’est justement un film mais un roman et un manga ont suivi, tant le succès fut grandiloquent. Pour être franc, je me suis procuré les trois d’un coup, j’ai eu une confiance aveugle, que je ne saurai pas totalement expliquer, rien qu’en lisant le synopsis du manga et en parcourant quelques pages. Je crois que ce qui m’a convaincu est la simplicité qui s’en dégageait. Et aussi, je dois l’avouer, ça parlait poésie, chocolat et sentiments très rapidement.

Simple dans la mesure que c’est le quotidien banal qui est en jeu. Ce n’est pas le genre de film où nous voyons d’énormes combats épiques et improbables. Cela rappelle justement une des caractéristiques majeurs d’une partie de la filmographie de Miyazaki : un quotidien, parfois magique et mystique certes, comme dans Mon voisin Totoro par exemple, bien que sa filmographie ne manque pas d’aventures non plus.

Nous suivons donc l’histoire d’un jeune lycéen, Takao, rêvant de devenir cordonnier. On ne sait d’ailleurs pas bien pourquoi, cela semble lié à sa mère et à son enfance. Il décide, chaque jour de pluie, de sécher les cours le matin afin de dessiner des modèles de chaussures, notamment féminin, dans un jardin, sous un petit abri. Là, il rencontre systématiquement une jeune femme, Yukino, relativement mystérieuse car dès le matin elle boit de la bière et mange du chocolat. Petit à petit ils apprennent à se connaître et une habitude implicite se met en place : lorsqu’il pleut, tous deux se surprennent à se réjouir de ce temps, car ils savent qu’ils vont se revoir à nouveau. Yukino est clairement plus âgée que Takao, pourtant, ils s’entendent particulièrement bien et se soutiennent mutuellement. Mais la fin de la saison des pluies approche et le prétexte béni du temps qui leur permet de se revoir va bientôt disparaître…

N’est-ce pas là un contexte initial des plus banals ? Rien d’extraordinaire, rien de particulièrement dingue. Le jeune homme veut devenir cordonnier, pas un aventurier ou un autre rêve impressionnant, juste un simple cordonnier. N’est-ce pas là extraordinaire paradoxalement ? Malgré cette banalité, nous désirons clairement savoir comment leur relation va évoluer.

Je risque de spoiler un peu à partir d’ici sans le vouloir, curieux s’abstenir.

Ce n’est pas une simple d’histoire d’amour que nous présente l’auteur. C’est plus compliqué que cela, d’ailleurs la différence d’âge des deux protagonistes est trop importante. Une relation amoureuse serait une honte, se serait mal vu, indécent dans le contexte japonais. Les deux vont pourtant apprendre à s’aimer, mais pas comme nous le voyons dans beaucoup d’histoire d’amour. C’est un amour né d’une relation bien spécifique et spéciale, dans un contexte nippon bien particulier. Ils ne savent rien l’un de l’autre, pas de leur passé tout du moins, mais agissent et se soutiennent comme deux amis, deux amants sincères.

Le format court du film, 45 minutes, la délicatesse et fluidité du dessin, sont parfaitement adaptés au propos et permet aux personnages de s’exprimer suffisamment sans jamais tomber dans le désuet et le cliché total. Vous risquez même de finir en larmes à la fin de celui-ci. Yukino s’ouvre petit à petit, elle qui pour une raison que je ne dirai pas, s’est renfermé au monde. Quant à Takao, il trouve enfin quelqu’un qui l’écoute, quelqu’un à qui parler de son rêve, le soutien, sans se moquer, sans lui dire que son rêve est inutile et impossible à réaliser.

De la banalité nait extraordinaire. La conquête des rêves est ce qui tient un homme véritablement vivant, debout et c’est les autres qui nous construisent et nous font avancer.

Un film touchant, émouvant qui nous rappelle qu’un rencontre fructueuse est parfois hasardeuse, et que pour vivre une aventure épique, il suffit parfois juste de sortir se promener sous la pluie…


Source image: http://www.aviscritique.com/1ere-video-pour-le-jardin-des...

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