08/09/2014

Édouard Tavan(1842-1919) - poète genevois

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Page Wikipédia: http://fr.wikipedia.org/wiki/%C3%89douard_Tavan

Voici une sélection de poèmes de son cru que j'ai réussi à trouver:

La Ronde des mois
 
Janvier grelottant, neigeux et morose,
Commande la ronde éternellement ;
Déjà Février sourit par moment ;
Mars cueille frileux une fleur éclose.
 
Avril est en blanc, tout ruché de rose,
Et Mai, pour les nids, tresse un dais clément ;
Dans les foins coupés, Juin s’ébat gaîment,
Sur les gerbes d’or, Juillet se repose.
 
Derrière Août qui baille au grand ciel de feu,
Se voile Septembre en un rêve bleu ;
Le pampre couronne Octobre en démence.
 
Novembre, foulant du feuillage mort,
Fuit l’âpre Décembre au souffle qui mord,
Et le tour fini — sans fin recommence.

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Lassitude


 
Comme un lent voyageur, sous le fardeau penché,
              Poursuit sa route qui dévie,
De rêve en rêve, jour après jour, j’ai marché
              Dans la poussière de la vie.
 
J’ai marché si longtemps — en vérité pourquoi ? —
              Sous les soleils, sous les averses !
Dans l’ombre, tant d’espoirs menteurs ont devant moi
              Fait bleuir leurs flammes perverses.
 
Parti je ne sais d’où, mais jamais arrivé,
              Poussé vers un but que j’ignore,
Cherchant je ne sais quoi que je n’ai point trouvé,
              Je vais toujours, je vais encore.
 
Sur le passé, l’oubli de son voile brumal
              Allonge les ombres moroses ;
Mais mon âme en lambeaux se souvient du long mal
              Que font les épines des choses.
 
Les horizons moirés de rose et de lilas
              N’étaient que vaines apparences ;
Plus d’azur ! et dès lors je traîne mes pieds las
              Sous le ciel des désespérances.
 
Oh ! pouvoir en un coin de néant se blottir,
              Étendre enfin sa lassitude ;
Ne plus lutter, ne plus vouloir, ne plus sentir,
              Endormir toute inquiétude ;
 
Étouffer tout désir et noyer tout ennui,
              Tout ce qui chante et ce qui pleure,
Au fond d’un grand sommeil de silence et de nuit
              Que nul rêve jamais n’effleure !
 
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Soir d’été



Dans la langueur d’un soir de juillet qui se traîne
Sur l’horizon de cuivre et les monts reculés
Je m’en viens vers le bord de la haute moraine,
Et je m’étends très las sur les gazons brûlés.
 
Ni fraîcheur, ni rosée ; en l’atmosphère chaude
Des souffles étouffés s’exhalent par instants ;
L’haleine de la brise énervante qui rôde
N’apporte nul répit aux poumons haletants.
 
L’ombre insensiblement descend enveloppante ;
À peine luit encor à mes regards confus,
Aux pieds des noirs ressauts où dévale la pente,
L’eau qui fuit en grondant sous les aunes touffus.
 
Au loin j’entends passer un lambeau de fanfare,
Là-bas, sur les chemins de poussière et de bruit ;
Et tout à coup, dans le silence qui s’effare,
Un train siffle... puis roule et se perd dans la nuit.
 
Et plus rien que la voix du torrent qui m’oppresse ;
Elle s’enfle et décroît ; on dirait tour à tour
La lointaine clameur des foules en détresse,
Ou d’un sombre courroux l’écho sinistre et sourd.
 
Dans la sérénité d’un ciel que rien ne voile,
Au-dessus des rumeurs du monde qui s’endort,
Je regarde surgir étoile après étoile :
Une autre... et puis une autre... et puis une autre encor.
 
Et d’instant en instant leur multitude accrue
Fait déjà fourmiller son mystère obsédant ;
Déjà de l’horizon Vénus est disparue,
Elle a sombré là-bas, derrière l’occident.
 
Et couché sur le bord des berges solitaires,
La face vers les cieux qui semblent agrandis,
Je ne reconnais plus dans ces clartés austères
Les rayons consolants des astres de jadis.
 
Vainement à travers les sombres étendues
De cet éther sans fond, immense, inquiétant
Mon rêve cherche encor les étoiles perdues
Qui versaient leur caresse à nos espoirs d’antan.
 
La sévère splendeur de la nuit qui scintille,
Ce soir, pour mes esprits par l’infini hantés,
Revêt je ne sais quoi d’inflexible et d’hostile,
Et mes yeux dans l’azur plongent épouvantés.
 
Ce dôme constellé qui sur nos fronts s’étale
Avec ses profondeurs de silence et d’effroi,
Est-ce une œuvre d’amour ? est-ce l’œuvre fatale
D’une incompréhensible et redoutable loi ?
 
Du fond de l’inconnu jetés sur cette terre
Qui roule suspendue au vide illimité,
Nous allons tâtonnant dans le triple mystère
De l’être, de l’espace et de l’éternité.
 
De ce globe maudit où pleurent nos désastres
Quand les derniers secrets à la fin seront lus,
Sur le chiffre de feu que nous tracent les astres
Nos labeurs insensés que sauront-ils de plus ?
 
Les sages pâliront penchés sur l’insondable,
Sous mille noms divers les peuples à genoux
Invoqueront l’Auteur de ce Tout formidable ;
Leur dira-t-on jamais ce que l’on veut de nous ?
 
Ô néant de l’effort où l’espoir nous entraîne !
La terre passera, les siècles s’éteindront ;
Mais l’éternelle Isis, impassible et sereine,
Ne soulèvera pas le voile de son front.
 
Et je sens, pénétré d’une vague souffrance,
Dans la fiévreuse nuit tomber du firmament
Un effluve d’angoisse et de désespérance,
Qui sur mon cœur troublé pèse implacablement.
 

Source poèmes: http://www.paradis-des-albatros.fr/?poete=tavan

Source image: http://www.notrehistoire.ch/photo/view/36766/

Commentaires

Merci de faire revivre Edouard Tavan, poète et mystique !

Écrit par : Corto | 09/09/2014

Merci Corto :)

Écrit par : Igor | 09/09/2014

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