07/05/2014

Entretien au cimetière

 

Scène unique 

Le roi, le fossoyeur, la mouche et La Mort

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La nuit, en un sombre cimetière mal éclairé. Le prince couché dans une tombe entr’ouverte. A côté, une tombe vide.

 

Le roi, criant et courant dans tous les sens :

Que la mort m’emporte si elle ne m’a pas encore emporté !

Le prince ? Mort ? Ô destinée, quel tour es-tu venus me joué ?

Je vais en aveugle parmi les ombres,

Dans mon cœur s’est installée la pénombre !

Je suis perdu ! Je ne sens plus mon corps !

Je suis perdu ! Je dois vivre encore !

 

Quelqu’un va-t-il venir m’aider ?

Dites-moi qui me l’a arraché !

Sous mes pieds tout s’effondre

Et plus rien n’est reconstruit,

Mes larmes pourraient faire fondre

Les étoiles de la nuit.

Il se met à genoux devant la tombe de son fils bien aimé.

Il était encore jeune et insouciant !

Il était beau et vivait en riant !

Le pauvre ne caressa que le corps frêle

D’une seule et unique belle demoiselle !

Il aurait pu en savourer tant d’autres !

Mais il me disait qu’il était follement amoureux

Et qu’aucune autre femme ne lui conviendrait mieux.

Qu’elle folle idée d’aimer

Par des temps si troublé.

 

Ah, il avait encore tant de  chose à voir

Et tant de royaumes à faire notre !

Le laisser vivre, ce n’était pas la mer à boire !

Sans lui, que vais-je donc devenir ?

Qui sera là pour me soutenir ?

 

Et puis quoi ? Je me dois quand même de vivre,

Quitte à toujours boire pour être toujours ivre.

Mon fils, je le jure sur ma vie, je vaincrais la mort

Et te libérerais de l’emprise du triste sort.

La vie est tout, elle ne lui appartient pas,

La vie est en nous et non pas dans ses bras.

 

En regardant le ciel, les yeux remplis d’ire.

Ô vile dame noire, ne croise pas ma route,

Ou je tuerais enfin la Mort, sans aucun doute.

 

Rentre en scène la mouche. Elle vole se poser sur le nez du triste roi. Le fossoyeur ne la remarque pas.

 

La mouche, au roi :

Devine donc qui je suis :

Je vais sur tous sans exception ;

Ceux que l’on traite comme si

Vous étiez des crottes après réjection,

Aussi bien que sur ceux comme toi ;

Sur les princes ou les tristes et vieux rois.

 

Je me promène comme une mélodie douce,

Habillée de mon éternelle robe sombre,

J’attends patiemment dans la profondeur de l’ombre

Et me pose discrètement sur tous.

 

Alors, avant que tu me fustige,

Dis-moi grand roi éclairé, qui suis-je ?

 

Le roi ne répond pas à ce qu’elle lui demande et tente vainement de la frapper d’une baffe, mais elle s’envole, tandis qu’il ne fait que se cogner le nez lui-même. Elle s’en va se poser près de l’une des oreilles du fossoyeur un temps, sans que lui-même ne s’aperçoive que ce soit une mouche. Puis, elle s’en va.  Le fossoyeur se met à genoux et fait de multiples révérences en regardant le ciel.

 

Le fossoyeur, s’approchant du roi :

Mon bon roi, une émanation divine insista pour que je m’entretienne avec vous, malgré le chagrin que la mort du digne héritier vous procure inopinément, car selon-t-elle, c’est maintenant que votre cœur est brisé que j’ai le plus de chance d’y entrer.

 

Le roi, parlant au fossoyeur avec véhémence :

Comment osez-vous, mouche et populace,

Me troubler en ce moment qui tant m’agace ?

 

Et puis ce n’était pas un dieu, sombre idiot,

Ce n’était qu’une mouche, qu’une mouche trop bavarde.

Parle donc et ensuite j’appellerai mes gardes,

Et ils t’enverront rencontrer notre bourreau.

Mais avant tu iras prendre un dernier bain

Avant de ne plus voir le lendemain,

Car tu pues comme un cadavre qui nous montrerait ses os,

Ton odeur, ne pourrait la supporter même le bourreau !

 

Le fossoyeur :

Mais mon beau roi, je n’ai ni savon, ni autre objet de grande valeur, pensez-vous sincèrement que j’ai une baignoire où je puisse laver mon corps sale ? Quand bien même je posséderais du savon, le fleuve est situé bien trop loin d’ici pour un pauvre boiteux tel que moi. Seul et boiteux je ne peux décidément pas marcher trois jours jusqu’à l’eau purifiante et douce du fleuve protégé par l’esprit du poisson arc-en-ciel.

 

Le roi :

Oui, oui, oui, ton discours est fort passionnant,

Revenons au sujet principal maintenant.

Parle sans tarder, Ô prophète des mouches,

Avant que ton pauvre corps ne se couche !

 

Le fossoyeur :

Tout d’abord, mon magnanime, bien que cruel roi, elle m’avait dit que vous allié agir exactement de la sorte.

Dites-moi, comment une mouche aurait-elle pu prédire cela ? Je vous l’ai dit c’était une émanation divine, la voix de Dieu !

Il se remet à genoux pour refaire des révérences au ciel.

 

Le roi :

Que veux-tu dire par là ?

Tu trouble ton bon roi.

 

Le fossoyeur, en se relevant:

Eh bien, elle m’annonça que vous allier me rabaisser comme si je n’étais rien ou pas grand-chose, car pour vos yeux majestueux je n’ai aucune considération, je ne suis pas vraiment ou plutôt je suis un élément du décor tout au plus. Ensuite, elle me demanda de vous donner un indice pour que vous puissiez répondre à sa devinette…

 

Le roi, coupant la parole au fossoyeur :

Je la connais déjà la réponse à sa devinette :

C’est évidemment la mouche, cette trouble-fête.

 

Le fossoyeur :

Mon grand roi, peut-être ne me croirez-vous pas mais elle savait exactement que vous tiendriez ces paroles, presque au mot près ! Mais malheureusement, ce n’est pas la mouche, vous vous êtes trompé. L’indice était mot pour mot : la réponse est devant toi espèce d’imbécile malheureux. Elle m’a dit de vous dire finalement la bonne réponse.

Il se rapproche un peu plus du roi.

La bonne réponse n’est pas la mouche, comme mon roi le pense, mais c’est la Mort ! C’est la Mort qui va sur tous sans aucune distinction ! En effet, il y a des hommes sur qui les dites mouches ne se sont jamais posé, par contre, elle,  la Mort, ou la faucheuse comme vous le voudrez, elle fauche tous les êtres vivants. Et cela sans aucune exception ! Elle n’est pas très difficile et elle fait son travail sans jamais se plaindre.

 

Le roi, avec étonnement :

Eh bien, je m’étonne au plus haut point

De m’être trompé sur ce point.

 

En pointant le coin de la scène.

Diable, tu me rends confus,

Va te mettre dans ce coin

Avant d’être abattu

Comme un malade sans soin.

 

Le fossoyeur se dirige, silencieux, dans le coin de la scène pointée du doigt par le roi, mais avant il se dirige vers la tombe vide et pose en face du trou une liasse de billet.

 

Le roi, au fossoyeur :

Mais que fais-tu,

Petit malotru ?

 

Le fossoyeur, timidement :

A vrai dire, j’ai parié avec la voix de Dieu que vous alliez trouver la bonne réponse.  Je suis accro au pari…  Tout bon démuni, tente de gagner le gros lot comme il peut. Et comme vous pouvez le constater vous-même vous n’avez pas répondu correctement. Je  dois alors poser une partie de mes économies ici, et quelqu’un viendra les prendre plus tard. On aurait presque dit que Dieu savait d’avance qu’il allait gagner.

 

Le roi, consterné :

Qu’elle idée

De parier,

Quand l’on croit vraiment jouer

Avec sa Majesté !

Il est celui qui sait tout d’avance,

Rien ne sert de tenter sa chance !

Mais bon ce n’était qu’une mouche,

Mais j’avoue qu’elle était très louche !

En poursuivant le fossoyeur et lui donnant des coups.

Petit parieur à la noix, le bourreau ne va pas tarder,

Je te conseille de prier notre Dieu qui est tant aimé !

 

Le fossoyeur :

Pardonnez-moi mon bon roi, je pensais ne pas agir mal !

 

Le roi, s’arrêtant de courir :

Tu as agis mal, sur ce point tu ne mens,

Mais tu as surtout agis très bêtement.

 

Le fossoyeur :

Laisser moi vivre mon bon roi, ma femme va probablement déjà me tuer quand je vais rentrer, rien ne vous sert de vous donner cette peine ! Ce ne serait que pure perte de temps à n’en point douter.

 

Le roi :

Depuis quand le peuple à son mot à dire ?

Un peuple qui décide, il n’y a rien de pire !

Mon fils me parlait souvent

D’un système indécent,

Où le peuple pourrait même voter

Ou je ne sais qu’elle étrange idée !

A chacun les même chances et lois,

Bla, bla, bla, bla, bla, bla, bla, bla, bla.

Je ne l’ai pas écouté avec attention,

Il divaguait un peu le pauvre garçon.

 

Le fossoyeur:

C’est vrai que c’est étrange comme système politique, j’ai du mal à imaginer que vous et moi puissions avoir les mêmes chances et soyons soumis aux mêmes lois. Un juste et bon tyran m’irait parfaitement, c’est déjà plus plausible. Ce n’est pas les systèmes le problème de toute façon, c’est le cœur et la raison des hommes.

 

Le roi :

Mais tais-toi !

Ne fermera tu donc jamais ta laborieuse bouche !

 

Le fossoyeur:

Pardon mon magnanime, je vais me taire.

 

Le roi:

Ferme-là !

Crois-moi ! Tu es encore plus chiant que l’autre mouche !

 

Le roi  se remet à courir derrière lui pour lui donner des coups de pied. C’est à ce moment-là que s’en vient allègrement la Mort, un squelette souriant, vêtu d’une cape noire et tenant une faux dans sa main droite et un livre dans sa main gauche. Elle l’ouvre et se met à le lire. Personne ne la remarque pour l’instant car le roi est trop occupé à courir après le fossoyeur.

 

Le roi tombe en arrière et s’éloigne sur ses fesses lorsqu’il voit la Mort, de même pour le fossoyeur.

 

La Mort, contemplant son livre et se rapprochant de la tombe du prince décédé :

Voyons, voyons, le numéro vingt-cinq est censé être par là.

Jeune prince, blondinet, yeux bleus, célibataire et mort au combat.

Ah le voilà ! Tout pâle comme les autres !

Il n’y a que comme ça que je les aime autant !

Au moins je ne fais pas perdre son temps au temps !

Ah ah ah, quel froid regard qu’est le vôtre.

Elle renferme son livre.

 

Le roi,  s’adressant à la mort sur un ton plein de colère :

Ô traitresse, Ò vilaine, comment oses tu venir en ce lieu ?

Pour qu’il soit vraiment mort doit tu le voir de tes propres yeux ?

Va-t’en tu m’insupportes, ta présence me déshonore,

Maudit squelette, un jour la vie vaincra la mort !

 

La Mort, s’esclaffant de rire :

Quelle bonne surprise! Un mortel fort amusant dirait on !

Tu dois être bien fou ou terriblement désespéré !

Pauvre fou désespéré  je ne suis qu’imagination !

Ouh Ouh revient sur terre, ramène ta raison égarée.

 

Je t’effraye ? Comme toujours tu parles sans penser !

Combien de fois devrais-je me répéter ?

Je n’étais, je ne suis, je ne serais qu’une idée.

Une idée tordue, je dois vous l’accorder.

Je suis la fin d’un processus,

Rien de moins et rien de plus.

 

Le roi, effrayé mais toujours en colère :

Quelles bêtises racontes-tu là ?

Tu es bien là non ? Juste devant moi.

Ce n’est pas toi qui as pris mon fils selon toi ?

Ce n’est donc pas toi qui l’enlevas loin de moi ?

 

La Mort :

Et bien non ! Dommage mais ce n’est pas mon travail.

Moi je recense les morts. Voilà toute ma besogne.

Je ne tiens plus à écouter un mortel qui grogne.

De direction, je t’en prie, change ton gouvernail.

 

Le roi, dégainant son épée.

N’y compte pas trop, ce soir je te fais la peau.

Combat moi ! S’il le faut tu dégaineras ta faux.

 

Je te vaincrais et ramènerai mon fils chéri,

Je te vaincrai et l’on ne te reverra plus ici !

 

La Mort :

As- tu mangé un clown pas drôle ce soir ?

Ou est-ce que dame ignorance est venu te voir ?

Ah celle-là ! Avant que je n’arrive elle est là !

Très facilement elle vous subjugue  de sa voix !

Et apparemment, elle ta eu cette maudite sève,

Tu dois surement être l’un de ses meilleurs élèves !

 

Le roi :

Cesse donc d’essayer de troubler mon esprit.

Tu ne peux plus partir, tu es là, juste ici,

Ce ne peut être que mon imagination.

Je vais te frapper, nous verrons si j’ai raison !

 

Il lève son épée au ciel, et crie avec certitude :

J’aurai raison, je ne ferai que rire,

Serein, je calmerai toute mon ire.

 

La Mort, en écartant le bras et les jambes :

Qu’attends-tu pour passer à l’acte le vieux ?

Fais à ta guise, vise là où tu veux !

Et s’il t’arrive de rire, alors ris, mais de bon cœur,

Car  la face cachée des rires sont les pleurs.

Que tu sois entrain de rigoler ou de pleurer,

Tes larmes coulent ! Attention, tu pourrais te noyer.

 

Le roi, à bout de nerf :

Tout le monde se souviendra qu’aujourd’hui

La Mort a péri des mains de la vie !

Il  frappe la mort sur le bras droit et a lui-même mal au bras droit. Il la frappe ensuite sur son genou gauche et tombe à son tour à genoux, face à la Mort.

Mais que diable se passe-t-il ?

A l’épée ne serais-je plus habile ?

Je t’assainie des coups violents

Mais c’est bien moi qui les ressens !

 

La Mort, ennuyée :

Cela fait un moment que tu ne m’amuses plus,

Tu ne comprendras jamais rien petit malotru !

Finalement, je vais devoir faire appel à lui,

Celui qui selon vous vous cause des ennuis,

Le fleuve long et intraitable

Qui emmène vos âmes instables !

 

Le roi se relève et lui donne un coup entre les jambes. Suite à cela, il tombe rouge de douleur en mettant ses mains entres ses deux cuisses.

 

Le roi :

Aïe !

Aïe !

 

La Mort :

N’abîme pas tes bijoux de famille voyons,

Il pourrait t’être utile en cette saison !

Un fils cela se remplace pas vrai ?

Il suffit d’en faire un autre tu sais.

Elle s’esclaffe à nouveau de rire.

 

 

Le rideau tombe.

 


Source image: http://www.cosmovisions.com/textApocalypse.htm

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